Olivier Aventin

Olivier aventin1 : Pourriez-vous vous présenter en quelques mots, nous parler de vous, de votre parcours, de votre rapport à la musique ? (Êtes vous musicien, mélomane, professeur, amateur, tout ça à la fois… ?)

Mon parcours de musicien est celui de quelqu’un qui découvre la musique par la trompette et le solfège, puis la flute à bec de l’école. En résulte une allergie à tout ceci, ce qui m’amène à devenir autodidacte et à tâter de l’accordéon, de la guitare, de la basse également. Piètre musicien, je tatonne toujours et me retrouve à jouer dans un groupe punk accompagnée d’une batteuse et d’une chanteuse, qui ne réalisera que quelques prestations semi-privées mais épiques. Rennonçant à tout jamais à devenir une rock-star, je joue désormais du banjo irlandais, et cette fois, je suis des cours avec un professeur (les cours se tenant dans la cave d’un pub, j’y ai trouvé là quelque chose de plus stimulant que dans mes anciens cours de solfège). Comme dans le punk rock, à part l’amour de la bière, je retrouve là le goût pour une musique populaire, conviviale, à la fois sans prétention mais exigeante. Le bonheur musical, enfin !

Mon parcours professionnel est également passé par le milieu de la musique, ayant été objecteur de conscience dans une MJC où je m’occupait des groupes du coin. J’ai prolongé ça en devenant attaché de presse, roadie, technicien lumière, colleur d’affiche, tour manager. Bien entendu, dans l’univers du punk-rock essentiellement. Bref, un tas de choses dans ce milieu, où j’ai fini par réaliser que les groupes qui me plaisaient n’étaient pas ceux qui avaient les moyens de me faire vivre.

Restent de grands moments de bonheur ou de solitude. Contempler depuis le bas-côté de l’autoroute son camion brûler sur la bande d’arrêt d’urgence, faire une tournée improbable en ex-Yougoslavie à la sortie de la guerre, travailler avec le groupe fétiche de mon adolescence (Parabellum), dormir à 6 dans un camion, être sur scène pour balancer dans la fosse des slameurs surexités lors de concerts chaotiques et grandioses …. Après tout ça, je constate que, quoi qu’on en dise, partager la vie d’un groupe de rock reste une véritable aventure.

2 : Selon vous, quel est le rôle d’un établissement comme la Médiathèque Musicale de Paris aujourd’hui ? Quelle est sa place dans le contexte culturel et musical en 2016 ? Qu’y avez-vous découvert de spécial ?

Le rôle d’un tel établissement est d’être une mine. Y trouver autant l’actualité brûlante que le classique incontournable. Tout comme le 78 tours improbable. S’y laisser guider, découvrir ce qu’on n’était pas venu chercher. Dans le contexte actuel, les bibliothèques d’une façon général ont un rôle primordial qui ne se calculent pas en nombre de prêts de documents. Ce sont des lieux de démocratisation de la culture, j’y espère donc la gratuité des abonnements, et pour tous les supports, la musique étant de la culture au même titre que la littérature. On y découvre, on y apprend, on partage, on évolue. C’est un lieu social. D’une façon générale, c’est une façon de promouvoir une société qui mise sur l’intelligence des individus, dans un contexte où les obscurantismes essayent de regagner du terrain. C’est donc aussi un lieu de résistance.

Et puis quel plaisir de mettre un CD ou un vinyle sur sa chaine et d’écouter ! C’est quelque chose d’irremplaçable.

Ce que j’ai découvert de spécial à la MMP c’est, d’un point de vu professionnel, ma vocation de bibliothécaire. J’y ai également rencontré beaucoup de gens dont certains sont aujourd’hui des amis. J’y ai aussi découvert beaucoup de disques que, sans les conseils de mes collègues, je n’aurais, en toute franchise, absolument jamais écoutés. Je pourrais autant citer Schubert que Señor Coconut (oui, j’en vois qui ricanent, là).

3 : Un dernier mot ? Une anecdote ? Un message à faire passer ? Une réflexion pour les 30 prochaines années ?

Un dernier mot ? Encore !

 Une anecdote ? Il y en a beaucoup. Disons que je garde de beaux souvenirs. Et j’ai encore beaucoup d’émotion quand je pense à un collègue aujourd’hui disparu mais auquel je tenais beaucoup. Son rire, ses conseils musicaux, les moments passés avec lui me manquent toujours autant. Sa disparition m’a beaucoup appris sur la nécessité de profiter des belles choses, des bons moments, ici et maintenant.  Je lui dois donc beaucoup. Allez, si : mon premier jour à la MMP. J’arrive, et là, je découvre que les bacs de Cd sont totalement inondés par une fuite due aux travaux des Halles. Les CD « musique du monde » flottent dans les bacs, on fait sécher ça, on dresse le bilan … je me suis demandé où j’avais mis les pieds !

Un message à faire passer ? Parlez aux bibliothécaires, échangez avec eux, chers adhérents : nous avons beaucoup à nous apporter mutuellement. Soyez gentils aussi, laissez-nous fermer à l’heure, nous avons aussi des familles, amants et amantes, copains et copines, enfants et animaux qui nous attendent ! Sinon, jetez une oreille aux albums de Fall of Effrafa : ça mérite d’être écouté, même si c’est un peu ardu.

Pour les 30 prochaines années ? J’ai toute confiance dans la capacité des collègues actuels et futurs pour faire en sorte que la MMP continue à se renouveler, à inventer, à conserver, à transmettre. Je suis ravi de constater jours après jours, et à distance, tout ce que la MMP invente, organise, etc. Quel bel outil !

 

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